Pourquoi Pernette du Guillet ?

Suite à un relevé d’une cinquantaine de « listes de bac » (quelques exemples sur cette page, billet à venir sur le sujet…), nous avons constaté que parmi les quatre grand genres ciblés par les « objets d’étude » (argumentation, poésie, roman, théâtre) des classes de première ES et S, c’est en poésie que les femmes étaient les moins représentées. Nous avons donc particulièrement travaillé sur ce genre en 2017, en participant aux transcriptions sur Wikisource des ouvrages suivants :

Parmi ces poétesses, l’une a attiré notre attention : Pernette du Guillet. À cause d’une petite frustration tout d’abord : Caroline Trotot avait noté qu’elle était absente de la liste des autrices contemporaines de Pierre de Ronsard automatiquement extraite par notre site george2etexte.fr (notre requête WikiData se focalisait sur la langue française sans inclure le moyen français).

Et pourtant, selon l’ouvrage de Léon Feugère, Guillaume Colletet, un des premiers membres de l’académie française, « n’hésitait pas à déclarer que la renommée de Pernette du Guillet ne périrait jamais parmi les hommes instruits« . Selon Gisèle Mathieu-Castellani, elle est en fait tombée dans l’oubli et n’a été redécouverte qu’au XIXe siècle. Plusieurs éditions modernes de son recueil posthume de poèmes, Rymes, sont disponibles (édition Gallimard de 1983 par Françoise Charpentier, édition Droz de 2006 par Elise Rajchenbach), y compris une édition bilingue anglaise (édition Iter de 2010 par Karen Simroth James et Marta Rijn Finch), et l’exemplaire de 1545 conservé à la Bibliothèque nationale de France est disponible dans Gallica. L’édition d’Elise Rajchenbach évoque des adaptations musicales de plusieurs poèmes, par exemple celle par Gabriel Coste de « Le Corps ravy, l’Âme s’en esmerveille», celle par Quentin de « En lieu du bien que deux souloient pretendre», celle par Pierre de Villiers de « Je n’oserois le penser veritable » ou encore celle par François de Lys de « Le grand desir du plaisir admirable ».

Pernette_du_Guillet-Francois_de_Lys-Le_grand_desir_du_plaisir_admirable

C’est pour faciliter la reprise de poèmes extraits de ce recueil, transcrits dans leur orthographe originale, éventuellement aussi en orthographe modernisée, et liés à une version numérisée de leur première publication, par les enseignantes et enseignants de français pour leurs cours, que nous avons décidé de contribuer à la transcription de l’ouvrage sur Wikisource. Comme Pernette du Guillet faisait partie de l’École de Lyon, nous avons démarré notre travail de transcription les 16 et 17 septembre, à l’occasion des Journées du Matrimoine en Auvergne-Rhône-Alpes organisées par HF Auvergne-Rhône-Alpes.

Le travail de transcription

Un travail préliminaire avait déjà été fait par d’autres contributeurs et contributrices sur Wikisource pour charger l’ouvrage numérisé en lançant la transcription automatique et structurer son découpage en poèmes. Mais il restait à corriger le texte obtenu par reconnaissance optique de caractères, parsemé d’erreurs dues à une police de caractères moins lisible que celles d’éditions modernes, ainsi qu’à des spécificités de la langue du XVIe siècle. D’une part, l’utilisation du caractère « ʃ », le « s long », conduit à de nombreux remplacements erronés par la lettre « f ». D’autre part, il est de coutume lors des transcriptions de dissimiler les lettres « i » et « j », et les lettres « u » et « v », pour améliorer la lisibilité de textes où elles n’étaient pas utilisées comme aujourd’hui, pour des raisons historiques liées à l’alphabet latin. Ces choix sont précisés sur la page de discussion relative au livre dans Wikisource. Avec un peu d’habitude, cette tâche a pris environ 10 minutes par page. Même si certaines pages ont donné un peu de fil à retordre, notamment celles des deux épigrammes italiennes (merci Celine et Fabio !)

Par ailleurs, comme les poèmes sont simplement placés les uns à la suite des autres sans saut de page, il était également nécessaire d’insérer les codes Wikisource prévus pour repérer les emplacements des transcriptions des poèmes sur chaque page, tout en créant la page Wikisource dédiée à chaque poème, ce qui a pris environ 3 minutes par page. C’est donc au total une vingtaine d’heures de travail, réparties du 16 septembre au 27 décembre, qui a permis d’obtenir une première transcription corrigée, librement accessible, des Rymes de gentile et vertueuse dame Pernette du Guillet, Lyonnoise.

Le travail à venir

Wikisource prévoit habituellement une seconde relecture de validation avant de considérer que l’ouvrage est complètement corrigé. Avant cela, nous allons pouvoir vérifier le travail effectué en le comparant par un alignement automatique avec les textes obtenus par reconnaissance automatique de caractères sur des éditions du XIXe (édition Nicolas Scheuring de 1864) ou du XXe siècle (édition Droz par Victor E. Graham de 1968).

Nous prévoyons également d’utiliser le dispositif de Wikisource pour moderniser l’orthographe du texte. Un tel travail a déjà été fait sur les 28 premiers poèmes, disponibles sur le site web d’André Socard, un consultant installé allée Pernette du Guillet à Paris. Nous avons commencé avec le vingt-neuvième poème, parfois intitulé « Ne me devez-vous bien aimer ? » (utilisez l’onglet « Orthographe moderne » en haut de page, à droite de l’onglet « Discussion« ), également disponible en version audio dans cet enregistrement de l’émission « Les petits renaissants », par Marcel Lupovici, diffusée sur la Chaîne Nationale le 10 janvier 1954.

C’est avec plaisir que nous ajouterons sur le site george2etexte.fr des contributions d’enseignantes et enseignants de lettres à propos de poèmes de Pernette du Guillet ! Et nous continuerons bien sûr nos contributions à Wikisource en 2018 (plus de 700 pages transcrites en 2017), n’hésitez pas à vous joindre à nous, ou à nous suggérer (ci-dessous en commentaires) pour une transcription sur Wikisource des œuvres que vous aimeriez utiliser en classe.

Publicités