« Sarah » et « Bouquets et prières » de Marceline Desbordes-Valmore

MarcelineDesbordesValmore-DessinConstantDesbordes-Better

Marceline Desbordes-Valmore d’après un crayon de Constant Desbordes (1917), Comoedia, 13/05/1928, Gallica (BnF).

Nous inaugurons cette rubrique « Écrits de femmes » avec une présentation par Christine Planté, professeure émérite de littérature française du XIXe siècle, spécialiste de la place des femmes dans l’institution et l’histoire littéraire, de la nouvelle « Sarah » et du recueil de poèmes Bouquets et prières, de Marceline Desbordes-Valmore. Ces deux œuvres sont au programme de notre atelier Wikisource du 17 novembre 2018, organisé en partenariat avec les sans pagEs, le projet de recherche VisiAutrices et la Société des études Marceline Desbordes-Valmore

Marceline Desbordes-Valmore (Douai, 1786 – Paris, 1859) est une des rares femmes poètes inscrite dans l’histoire littéraire française, même si elle y figure en place assez mineure. Née dans un milieu d’artisans ruinés, elle n’a presque pas reçu de formation scolaire et a été actrice et chanteuse avant de publier des romances, puis des recueils de poèmes et des récits et romans.

Saluée de son vivant par Lamartine, Vigny, Balzac, Sainte-Beuve, elle sera par la suite admirée par des poètes aussi divers que Verlaine, Aragon ou Bonnefoy. Ses poèmes ont été souvent mis en musique à toutes les époques, et elle a été chantée par Julien Clerc ou Pascal Obispo.

Longtemps, on a surtout retenu d’elle ses poèmes d’amour et sur l’enfance et les enfants, mais son œuvre diverse et inventive comporte également des fables, des chansons, des textes d’inspiration politique et sociale où elle dit sa solidarité avec les femmes qui souffrent, mais aussi avec le peuple, les esclaves, les pauvres, les opprimés de toutes sortes.

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MarcelineDesbordesValmore-LesVeilleesDesAntilles« Sarah » est une nouvelle tirée des Veillées des Antilles, recueil de récits en prose coupés de vers paru en 1821 (en 2 volumes).

L’histoire, que raconte à la narratrice principale une jeune créole, est celle de Sarah, petite fille recueillie dans l’île de Saint-Barthélémy par un riche colon veuf qui élève seul son petit garçon. Sarah est accompagnée d’Arsène, ancien esclave affranchi, qui reprend volontairement son statut d’esclave pour pouvoir rester près d’elle et veiller sur elle, dans une alliance des faibles – la jeune orpheline, l’esclave noir – que le malheur rapproche. Arsène est, tout autant que Sarah, le héros de cette nouvelle publiée alors que renaît en France un mouvement abolitionniste.

Marceline Desbordes-Valmore a, dans sa jeunesse, voyagé aux Antilles. Elle a en 1802, assisté à la Guadeloupe à la répression sanglante de l’insurrection contre le rétablissement de l’esclavage. Cette nouvelle sentimentale, devant laquelle on pense parfois à Paul et Virginie, fait éprouver aux lecteurs le caractère révoltant de l’esclavage en leur faisant voir dans l’esclave un être profondément humain, sans doute le personnage le plus humain du récit.

La chanson d’Arsène dit la douleur de l’arrachement au pays natal, de la captivité et des mauvais traitements, a été mise en musique par plusieurs compositeurs contemporains, avec son refrain :

« Jouez, dansez, beaux petits blancs ;
Pour être bons, restez enfants. »

MarcelineDesbordesValmore-CompositeursLes Veillées des Antilles ont été rééditées chez l’Harmattan par Aimée Boutin en 2006.

La chanson d’Arsène, sous le titre « Restez enfants » a été enregistrée par Françoise Masset, soprano, accompagnée au piano par Nicolas Stavy, chez Solstice, en 2009 (Les Compositeurs de Marceline Desbordes-Valmore).

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MarcelineDesbordesValmore-BouquetsEtPrieresBouquets et Prières est un recueil de poèmes qui a paru en 1843 chez Dumont. Marceline Desbordes-Valmore dit dans plusieurs lettres que son éditeur a insisté pour le publier, alors qu’elle-même hésitait, sachant que la poésie n’avait plus guère alors de succès, et moins encore la poésie écrite par des femmes. Ce livre contient cependant des pièces remarquables, et elle y fait preuve d’une grande inventivité formelle.

Après un poème en prose en guise de préface (« Une plume de femme »), il est composé de 79 poèmes de tailles, formes et tonalités très diverses, dans lesquels le je poétique s’affirme de façon nette comme féminin, fortement inscrit dans un temps à la fois intime (poèmes à la mère, aux sœurs, filles, amies – célèbres comme Mme Récamier ou Mlle Mars, ou inconnues) et historique (« Prison et printemps », « Un arc de triomphe »).

La poète y montre une grande liberté dans l’emploi du poème en prose (forme qui apparaît à cette époque, avec Gaspard de la nuit d’Aloysus Bertrand, 1842), de vers courts, notamment impairs (5 ou 7 syllabes), d’hétérométries contrastées (alliant des vers de 2 et 10 ; 12 et 3 ; ou 12 et 2 syllabes) ; ou encore de décasyllabes césurés 5+5, ces vers condamnés par les poétiques classiques, que la poète utilise… pour répondre avec humour à ceux qui jugent sévèrement les femmes poètes.

Christine Planté

Illustration : extrait du Portrait de Marceline Desbordes de Drolling, du Musée de la Chartreuse de Douai (vers 1808).

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