En octobre dernier, pour le sixième anniversaire de Wikidata, nous avions préparé une requête pour extraire les signatures d’écrivains francophones recensées dans cette base de données collaborative : seules 27 femmes de lettres, soit 10% du total, avaient leur signature recensée. Nous avons atteint aujourd’hui un taux de 15% avec 54 signatures, et vous dévoilons ci-dessous les quelques démarches que nous avons entreprises pour augmenter cette proportion.

ArchivesNationales-#GlamWiki2019Nous avons profité des Journées Wikimedia Culture et Numérique, organisées du 23 au 25 mai aux Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine, pour suggérer une source de signatures : la base de données Léonore des récipiendaires de la Légion d’honneur. En effet, elle recense plus de 2300 femmes, en mettant à disposition leur dossier qui contient parfois un reçu de la décoration, signé de leur main. Suite à un repérage de femmes décorées disposant d’une page Wikipédia, préparé avant l’atelier Wikimédia Commons d’Anne-Laure M, plusieurs signatures de femmes de lettres (Mathilde Alanic, Anne Barratin, Marie-Béatrice de Baye, Jean Bertheroy, Julia Daudet, Judith Gautier, Amélie Mesureur) ont pu être envoyées sur Wikimédia Commons et insérées dans les « infobox » des pages Wikipédia, en associant chaque image de signature à la propriété « signature » de la page Wikidata de son autrice, que l’on peut ajouter avec le lien « + ajouter une déclaration ».

WikidataAjoutSignature

Un grand merci à Anne-LaureM ainsi qu’à AwkwardChester, contributrice émérite à Wikipédia (plus de 600 biographies de femmes créées sur l’encyclopédie collaborative en un an et un mois !), d’avoir ajouté ces signatures tirées de la base Léonore dans Wikipédia ! Et merci à Pauline Berni de nous avoir confirmé que la mention « Toute diffusion, gratuite ou payante, est soumise à l’autorisation préalable des Archives nationales » sur les pages de la base Léonore doit être ignorée, suite à une décision de 2017 de la directrice des Archives nationales, qui a conduit à une politique plus ouverte, encourageant une réutilisation libre et gratuite dans la plupart des cas.

Pour cela, Gallica semble inépuisable, avec des trésors comme l’Album amicorum de Mme Louise de Heredia  (signatures de Paria Korigan, Virginie Demont-Breton et Hélène Vacaresco) ou la Collection de lettres autographes de personnages célèbres des XVIIIe et XIXe siècles, formée par le baron de Trémont (signatures d’Adélaïde de Souza et de Félicité de Genlis).

HeleneVacaresco-Poeme

Mais quand une signature vous échappe, le mieux est toujours d’aller voir les spécialistes. Sans Marie-Luce Demonet du Centre d’Études Supérieures de la Renaissance, de Tours, nous aurions eu bien du mal à identifier le manuscrit français 3638 de la Bibliothèque nationale de France comme source de dizaines de signatures de Marguerite de Navarre.

Mais ces efforts pour atteindre 15% de femmes parmi les signatures d’écrivains sur Wikidata peuvent sembler un peu vains quand on constate que depuis notre dernier recensement, pendant que nous doublions le nombre de signatures de femmes de lettres en en ajoutant 27, ce sont 64 signatures d’hommes de lettres qui étaient ajoutées.

Il nous semble toutefois important de poursuivre nos efforts pour augmenter ce taux, et nous espérons bien que les plus de deux cents participantes et participants au défi #JeLaLis vont nous aider en déposant elles aussi sur Wikipédia la signature de l’autrice qu’elles ont choisi de marrainer ! En effet, ces signatures de femmes des siècles anciens devraient nous rappeler qu’elles constituaient une exception à un moment où les femmes avaient peu accès à l’éducation, moins que les hommes. Les signatures sur les actes d’état civil ont justement été utilisées dans des travaux de recherche en histoire pour évaluer des taux d’alphabétisation et constater les inégalités entre femmes et hommes pour accéder à l’éducation.

Signature-Renee-Vivien-PaulinePar ailleurs, ces signatures, publiques ou intimes, nous rappellent parfois les choix de ces autrices pour affirmer ou cacher leur identité en passant par un pseudonyme, parfois masculin. C’est ainsi que Céline-Joséphine Bidard de la Noë, fille du maire de Rennes et député d’Ille-et-Vilaine Théophile Bidard de la Noë, est Mme Émile Lévy dans la presse de l’époque. Elle est parfois Pol Korigan quand ses écrits sont publiés, mais signe Paria Korigan sous L’aile de Papillon et les Fourmis, écrit en 1884 dans l’album amicorum de Louise de Heredia.

Bibliotheque-Marceline-Desbordes-Valmore-DouaiEnfin, ces signatures peuvent connaître un destin glorieux en laissant une trace à travers les siècles, comme celle de Marceline Desbordes-Valmore sur la bibliothèque qui porte son nom à Douai, sa ville natale. C’est aussi le cas pour celles en mosaïque qui décorent la voûte de la station de métro Cluny – La Sorbonne.  Dans cette œuvre de Jean Bazaine qui représente les signatures de personnalités « qui ont honoré » le quartier de la Sorbonne, moins de 4% de femmes sont représentées : seules Marie Curie et Héloïse apparaissent à côté de 51 signatures d’hommes. Peut-être que nos envois de signatures sur Wikidata donneront des idées de décoration de la station, ou permettront d’éviter de reproduire de tels oublis ?

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