Marie-Amable Petiteau, marquise de la Férandière, née à Tours en 1736 d’après sa notice dans le Dictionnaire des femmes de l’ancienne France de la SIEFAR, écrit des poèmes d’abord pour sa fille. Ses vers, appréciés, sont publiés dans divers journaux de l’époque. Ses fables en particulier attirent l’attention, et elle publie à 70 ans, en 1806, un premier ensemble de 128 fables, accompagné de poésies, dont certaines mises en musique par sa fille Jeanne-Amable de Caumont. Dix ans plus tard, une seconde édition de ce recueil des Œuvres de madame la marquise de la Fer… est publiée, avec cette fois 168 fables au total.

C’est un exemplaire de cette édition, conservé par la bibliothèque de l’université d’Oxford, que Suzanne Duval et ses étudiantes et étudiants de première année de la licence de lettres modernes de l’université Gustave Eiffel ont choisi de rendre disponible sur Wikisource dans le cadre du cours « Lire le texte littéraire » et de notre opération #Fabuleuses2021. Vous trouverez sur cette page dédiée aux projets pédagogiques de relecture sur Wikisource plusieurs supports préparés pour l’occasion, notamment un tutoriel en vidéo et un protocole de relecture, et quelques conseils si vous souhaitez en lancer un dans votre propre université.

Marie-Amable Petiteau et ses fables ont aussi été choisies pour un autre projet pédagogique, proposé par Edwige Keller-Rahbé à l’université de Lyon 2 dans la lignée de celui qu’elle avait décrit dans cet entretien pour notre blog. Une première vidéo présente en particulier la fable « Le vieux ménage ». Une seconde, réalisée par Camille Baudry, Emma Lepetit et Sidonie Pinero, permet d’entendre notamment la préface en vers du recueil, véritable hymne aux femmes fabulistes qui ont osé publier des fables après La Fontaine :

Quoi ! des fables encor !… diront quelques censeurs :

D’une femme surtout !… sa folie est extrême…

La Fontaine suffit ; chacun le cite et l’aime ;

Il instruit en riant, parfois touche les cœurs :

Il faudrait l’imiter, la chose est impossible.

    Sous les plus brillantes couleurs,

    Qui, comme lui, peindra les mœurs

    De cette race incorrigible ?

Calmez, lecteur, calmez votre injuste courroux :

Sur ce divin auteur je pense ainsi que vous :

Nulle autre fiction n’approchera des siennes ;

Mais dans ce champ de fleurs qu’il a su moissonner,

De sa main, par hasard, s’il tomba quelques graines,

Apollon n’a jamais défendu d’y glaner.

Cette vidéo, récompensée par le troisième prix du concours Buzzons contre le sexisme de Matilda.education dans la catégorie 18-25 ans se termine par une interprétation par Sidonie Pinero de la partie pour piano d’une des compositions de la fille de Marie-Amable Petiteau, Jeanne-Amable de la Férandière, marquise de Caumont. Nous espérons que cette conclusion musicale encouragera d’autres musiciennes et musiciens, chanteurs ou chanteuses à interpréter des compositions de Jeanne-Amable de Caumont, qui a aussi mis en musique la Romance de Paul et Virginie publiée par sa mère en 1789, ou de sa fille Louise de Caumont, également compositrice.

Il n’est d’ailleurs pas toujours très facile de distinguer les deux quand les partitions sont signées “Madame de Caumont d’Adde”. La fille de Marie-Amable Petiteau est en effet née en 1756 ou 1757 et morte en 1840, alors que sa petite-fille, qui a été un moment au service de Joséphine de Beauharnais, est née en 1786 et morte en 1870. C’est peut-être la première qui a composé ce duo pour deux sopranos accompagné de piano ou de harpe, E ver mi piace, récemment diffusée sur la chaîne YouTube de la soprano Susan Nelson. C’est en tout cas la seconde qui a composé ces Dix romances avec accompagnement de piano, dont nous vous partageons l’exemplaire conservé et numérisé par la Bibliothèque nationale de France.

Alors qu’il y a encore un an, la page Wikipédia de Jeanne-Amable de la Férandière mélangeait quelques informations avec la biographie de sa mère, nous avons tenté de clarifier la biographie de la fabuliste, en trouvant notamment son acte de décès qui a permis de corriger quelques dates incorrectes fournies dans d’autres sources. Ces quelques clarifications, la mise en lumière des fables de Marie-Amable Petiteau et des compositions de sa fille et de sa petite-fille aideront peut-être à poursuivre la redécouverte de leurs œuvres !